Évitons d’avoir le choix entre une droite rétrécie et une droite ramollie. Interview au Figaro

INTERVIEW – Pour le président du groupe Les Républicains au Sénat, l’important aujourd’hui, c’est de rassembler largement tous ceux qui partagent les convictions du parti.

LE FIGARO. – Vous venez d’être réélu à la tête du groupe LR au Sénat. Quel est votre projet?

Bruno RETAILLEAU. – Le groupe LR est sorti conforté des élections sénatoriales. Cela nous donne donc une responsabilité particulière. Alors que tous les pouvoirs institutionnels en France procèdent de l’élection présidentielle, il revient au Sénat d’assumer la séparation des pouvoirs face à la tentation hégémonique de l’exécutif. Nous souhaitons porter les convictions de notre famille politique, et à ce titre être un laboratoire d’idées. La France a besoin d’être profondément réformée et nous aurons un temps d’avance sur les questions des retraites, des nouvelles solidarités du chômage ou sur celles de la lutte contre le terrorisme. Le Sénat va se saisir des grands sujets d’actualité de demain, comme l’impact de l’intelligence artificielle sur l’organisation du travail et les limites qu’il convient d’y apporter. Nous serons une force de propositions car il n’y aura pas de réforme utile sans audace.

Les Républicains doivent élire leur nouveau président. Quel rôle jouerez- vous dans cette campagne?

Le groupe au Sénat représente des sensibilités différentes au sein de notre famille politique, c’est sa force. Cette force, je tiens à en être le garant, la politique, ce sont des additions et non des soustractions. Ce qui est parfois agaçant, c’est de voir les attaques dont est aujourd’hui victime Laurent Wauquiez et qui viennent de ceux qui font pourtant profession de tolérance. Pour ma part, je ne fais aucun procès d’intention et refuse toutes formes d’anathèmes.

Laurent Wauquiez sera peut-être le seul candidat. Êtes-vous inquiet?

Il est toujours préférable pour une élection que plusieurs candidats puissent se présenter. Au-delà de la nécessité du débat, il y a aussi un impératif du rassemblement. Gardons-nous d’avoir le choix entre une droite rétrécie et une droite ramollie. Ce qui est important aujourd’hui, c’est de rassembler largement tous ceux qui partagent nos convictions. La division existe beaucoup plus au niveau des chapeaux à plumes. Je ne crois pas qu’il y ait des droites irréconciliables. La preuve, notre électorat nous l’a montré à la primaire. Nous avions trouvé un point d’équilibre entre réformes économiques structurelles et lutte contre la dépossession culturelle. La droite doit s’assumer. «Une droite moderne est toujours une ancienne gauche», disait André Siegfried. Il faut se sortir de cette logique ancienne. Un projet pour la prospérité des Français et un projet d’adhésion à une ambition commune doivent être notre priorité. On a vu en Allemagne que les questions économiques ne suffisent pas à gagner les élections. 4 % de chômage n’ont pas prémuni l’Allemagne contre la montée des populismes. Les questions de la nation, de la civilisation, du rejet du communautarisme sont déterminantes face à ce que propose Emmanuel Macron. Il faut retrouver nos deux jambes pour retrouver un nouvel élan.

Laurent Wauquiez peut-il être le point de synthèse de la droite?

Je crois à la vertu des élections et si Laurent Wauquiez est élu, je ne doute pas qu’il aura comme objectif principal de parler et d’écouter toute notre famille politique. Présider un mouvement, c’est rassembler, ce ne peut pas être le diviser.

Les Constructifs font entendre une autre voix. Pourrez-vous travailler ensemble?

La question n’est pas de savoir si on peut travailler avec eux mais de se prononcer sur la politique qu’ils entendent mener et les projets qu’ils défendent. La politique, c’est la clarté des choix. Si certains élus de droite sont tentés par l’aventure que leur propose le président de la République, libre à eux. Avec nos amis centristes, nous sommes la première force d’opposition au Sénat et nous ne serons ni dans la complaisance ni dans l’obstruction.

Interview publiée dans Le Figaro du 05/10/17
Propos recueillis par Marion Mourgue. Crédit photo : Jean-Christophe Marmara/JC MARMARA / LE FIGARO