Faut-il marcher au pas ? Tribune de B. RETAILLEAU dans Le Figaro

Tribune de B. RETAILLEAU dans Le Figaro

Pour le sénateur de la Vendée, la droite doit absolument se démarquer de Macron pour ne pas laisser le monopole de l’alternance aux extrêmes.

« Derrière le ralliement, il y a le désenchantement puis l’effacement. » Ces mots de François Bayrou sonnent paradoxalement, presque ironiquement, tristement aussi, comme une mise en garde pour ceux qui, à droite, se mettent en marche et en remorque d’Emmanuel Macron.

Car un jour – et tôt ou tard ce jour viendra -, quand seront dispersées les fumées de la communication politique et dissipés les mirages de la communion médiatique, ce jour-là, dans le ciel désenchanté de la réalité toute crue, que restera-t-il alors ? J’ai bien peur qu’il ne reste un double et cruel sentiment d’abandon.

Abandon de nos candidats, tout d’abord. Un ralliement de la droite et du centre vaudrait renoncement, dans les faits, à les défendre. Étrange conception que de vouloir servir ses idées en sacrifiant ceux qui les portent, tout en prêtant main-forte à ceux qui les combattent ! Emmanuel Macron a lui-même déclaré vouloir « déstabiliser » la droite et le centre. Un aveu qui devrait valoir avertissement.

Abandon de nos convictions, également. Le nouveau président de la République a les siennes. Elles sont respectables. Mais elles ne sont pas substituables aux nôtres. Car de quoi le macronisme est-il le nom ? De la jeunesse et de l’audace, évidemment, de l’habileté, assurément. Mais aussi du multiculturalisme, du fédéralisme et du social-individualisme, ces trois totems d’une gauche terra novienne dont Emmanuel Macron, quoi qu’il en dise, est le représentant.

Social-individualisme, tout d’abord, qui confond la liberté et la mobilité, préfère l’émancipation à la nation, et oublie le mot de Jaurès : « La patrie est le seul bien de ceux qui n’ont rien. » Faire de l’individu le seul horizon de l’action publique, c’est substituer la société des ego à la République des égaux. La citoyenneté ne peut être réductible à la somme des individualités. Sinon, c’est l’égoïsme et non plus le civisme qui prévaut.

Multiculturalisme, ensuite, qui réduit la communauté nationale à la juxtaposition des communautés d’origine, met en doute l’existence de la culture française et refuse l’assimilation, au risque d’accélérer cette « décomposition française » si bien analysée par Malika Sorel.

Fédéralisme, enfin, qui dédaigne l’Europe de la preuve, la seule capable de réconcilier les peuples avec le projet européen, et lui oppose une Europe du verbe déconnectée des réalités qu’il faut traiter d’urgence, comme l’affaiblissement des frontières ou la bureaucratisation des institutions.

Voilà pourquoi, avec Emmanuel Macron, nous ne pouvons marcher du même pas. Et encore moins marcher au pas. Surtout s’il prétend incarner, à lui seul et pour lui tout seul, les deux grandes polarités qui structurent et irriguent notre vie politique ; en effaçant, d’un même coup, et la droite et la gauche.

Car le clivage politique est consubstantiel à la démocratie : en institutionnalisant la divergence, il permet de neutraliser la violence dans l’espace public. Et toute tentative visant à le supprimer n’aboutirait qu’à le reconstituer sous une forme brutale.

Soit sous une forme sociale, l’opposition entre la France de droite et la France de gauche étant remplacée par la confrontation entre la France d’en haut et la France d’en bas. Soit sous une forme idéologique, car s’il n’y a plus rien entre le parti gouvernemental et les extrêmes, alors c’est aux extrêmes que reviendra le monopole de l’alternance.

Emmanuel Macron marchera d’autant plus aisément que nous laisserons en friche notre propre chemin. La responsabilité de la droite est donc immense. Se refonder ou se décomposer, se redresser ou s’effacer : cet enjeu politique pour la droite est aussi un enjeu démocratique pour notre pays. Nous devons le relever sans tarder, avec courage et conviction.

BRUNO RETAILLEAU