L’âme française, arme de reconstruction massive.

Il y a un an, le 15 aout 2015, les cloches de nos églises sonnaient pour les Chrétiens d’Orient. Aujourd’hui, elle sonnent pour la France, et notamment pour les Chrétiens de France.  En l’espace d’un an, les voilà passés du statut de témoins à celui de victimes. Victimes de la barbarie islamiste comme le Père Jacques Hamel, victimes de la menace djihadiste comme l’avait déjà prouvé le projet d’attentat contre l’église de Villejuif en avril 2015, victimes de cette haine profonde, inextinguiblecar consubstantielle au totalitarisme islamiste : la haine des « nazaréens ». Ceux d’Orient bien sûr, mais ceux d’Occident également, ceux qui dans l’effroyable imaginaire des fous d’Allah incarnent les nouveaux « croisés » qu’il faudrait éliminer par tous les moyens.

Oui, les Chrétiens de France sont les cibles de Daech aujourd’hui. Des cibles privilégiées et revendiquées par les djihadistes, mais non pas des cibles abandonnées par le peuple de France. Les multiples manifestations de solidarité dès les premières heures après l’attaque de Saint Etienne du Rouvray l’ont clairement démontré. Cette solidarité, je le crois, n’était pas seulement portée par l’émotion mais elle était guidée par une conviction : en visant une église, les islamistes ne visaient pas seulement une communauté; ils visaient une identité. La nôtre, celle de la France. Celle d’un pays laïc évidemment, mais un pays aux racines et à la culture chrétiennes. Cette évidence, nos paysages et nos héritages en témoignent, jusque dans notre calendrier, jusqu’à ce jour de L’Assomption de la Vierge Marie, instauré comme fête nationale par la Monarchie et conservé par la République qui en a fait un jour férié, et donc un jour particulier. Illustration concrète de ce que Malika Sorel souligne dans son ouvrage Décomposition française lorsqu’elle rappelle que « la République française porte en elle la synthèse politique et culturelle du peuple français ».

Cette synthèse, nous en avons plus que jamais besoin aujourd’hui, parce qu’à travers «ce long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements» cher à Renan, elle exprime toute l’épaisseur, la profondeur et même la grandeur d’être Français. Nous avons besoin de redonner du contenu à une citoyenneté française vidée progressivement de sa substance à coup d’incantations creuses sur le « vivre-ensemble ». Un vide que les islamistes s’essaient à combler en remplissant les têtes de certains jeunes décérébrés par cette forme de nihilisme narcissique qu’a sécrété notre société moderne. À voir le parcours, et pour tout dire la descente aux enfers de la plupart des djihadistes occidentaux, je ne peux m’empêcher de penser qu’ils sont le fruit des noces barbares entre le « tout » du totalitarisme islamiste et le « rien » du nihilisme occidental.

C’est cette alliance mortifère qu’il faut rompre à tout prix. Pour notre jeunesse, pour notre pays, pour que nous gagnions cette guerre qui n’est pas une guerre de religions mais qui est une guerre du sens, une guerre dont la ligne de front passe par les esprits et par les cœurs. Cette guerre, nous ne la gagnerons qu’en regagnant ce que nous sommes, en réveillant cette âme française qui est l’arme la plus puissante dont nous disposons; notre arme de reconstruction massive.

Bruno RETAILLEAU