« Monsieur le Président, l’autorité ne se décrète pas, elle s’exerce » Tribune sur Figaro Vox

FIGAROVOX/TRIBUNE – Le sénateur de la Vendée réagit à la démission du chef d’état-major des armées, le général Pierre de Villiers. Pour lui, ce départ était inéluctable et « le Président de la République a fait le choix du déclin de notre armée ».


Bruno Retailleau est président du conseil régional des Pays de la Loire, sénateur de la Vendée et président du groupe LR au Sénat.


La politique de défense touche à l’essence de notre nation: sa sécurité, sa liberté, son influence dans le monde. Celles et ceux qui servent nos armes méritent notre profond respect. Leurs efforts et leurs sacrifices exigent d’être soutenus concrètement. Il ne suffit pas au président de la République de remonter l’avenue des Champs Elysées en «command car», ni d’être hélitreuillé à bord d’un SNLE pour tenir son rang de chef des armées. L’art de la communication est éphémère ; le prix de la paix est exigeant.

Contrairement à ses engagements de campagne, Emmanuel Macron a décidé de réduire l’effort de défense. Après le gel de 2,7 milliards d’euros le non versement des 850 millions d’euros que la défense attendait pour boucler l’année 2017 est un coup dur pour nos armées, une entorse aux engagements pris par le précédent gouvernement. Le budget de 32,7 milliards de la Défense sera en définitive rogné de 10%.

Les promesses d’accélération budgétaire pour les années à venir ne sont que des mots. Voilà bien longtemps que nos militaires ont appris à se méfier de ces annonces non suivies d’effet. L’objectif des 2% du PIB en 2025 pour la défense s’éloigne. La marche en avant commence par une marche arrière financière. Cette reculade n’obéit à aucune vision, n’est commandée par aucun choix stratégique. La comptabilité fait office de cap. Bercy est à l’Elysée.

Nous baissons la garde au moment où nous devrions la relever. C’est une faute grave. Le monde n’a jamais été aussi menaçant. Nous sommes en guerre contre le totalitarisme islamique, toujours en état d’urgence, nos soldats et leurs matériels sont plus que jamais sollicités… La lutte contre les déficits ne devrait pas affaiblir la lutte contre nos ennemis, il y a tant d’autres réformes structurelles à mener pour redresser la France.

Nos troupes font le maximum avec le minimum requis pour des opérations intérieures et extérieures de plus en plus nombreuses. Nos forces sont parfois à la limite de la rupture. Ceux qui prétendent que l’on peut réduire leurs moyens ne sont pas au front, face à la menace.

Cette décision budgétaire n’est pas seulement préjudiciable à notre sécurité. Elle est aussi un frein au projet français d’une Europe capable d’assurer enfin sa défense. A l’heure où les Etats-Unis se recroquevillent, nous risquons de gâcher l’opportunité de réveiller nos partenaires européens.

C’est un message réaliste, un message d’alerte, que le Général de Villiers a jugé nécessaire de tenir aux députés de la commission de la défense. Dans cette audition à huis clos, ses mots étaient ceux d’un soldat discipliné mais franc confronté à la réalité de ses troupes. Le devoir de réserve n’est pas le devoir de tricher devant les parlementaires. Si le chef d’état-major des armées estime qu’il existe un problème, il est de son droit de l’expliciter devant les représentants de la nation. Le contraire serait inquiétant pour notre démocratie et en contradiction avec le souhait affiché de renforcer le pouvoir de contrôle du parlement.

Visiblement, le président de la République ne l’entend pas ainsi. Son «silence dans les rangs» masque une fébrilité et un goût certain pour le pouvoir sans vis-à-vis, si ce n’est celui que lui renvoie son miroir. Mais l’autorité ne se décrète pas, elle s’exerce ; le respect ne s’ordonne pas, il se gagne ; la confiance ne s’impose pas, elle se construit.

La démission du Général de Villiers, grand soldat, était inéluctable, le président de la République a fait le choix du déclin de notre armée. La brèche qu’il a ouverte est un tournant, celui d’une ambition et d’un rayonnement revus à la baisse pour notre pays.

Bruno RETAILLEAU